Hier soir à Saint-Quentin, devant près de 6.000 spectateurs, Cyril Thomas n'a pu détrôner Cristobal Cruz. Mais quel cran !
Avec son faciès de guerrier élevé à l'école de la « rue » mexicaine, issu du peuple maya, Cristobal Cruz n'était pas venu de Tijuana pour finir les bras en croix. Plutôt pour faire souffrir le martyr à Cyril Thomas avec ses larges crochets aux flancs, des bâtons de dynamiteros…
Plein jusqu'à la gueule (près de 6.000 afficionados), le Palais des sports avait sorti sa banda, pour - au pied du temple inca - propulser Cyril Thomas sur le toit du monde.
Ce sommet, le Saint-Quentinois l'avait préparé, avec son flegme, son sérieux, en famille. Seule différence avec d'hab, le plan médiatisation orchestré par Canal +. Déstabilisant ? À voir. Pas plus qu'une première sortie en Europe pour Cruz, en plein Thomas-Frénois show…
Un cas ? Cyril Thomas l'est à sa manière également. Mais rester à le démontrer, cette fois sans la moindre restriction, titre majeur IBF en jeu.
The Hunter (le chasseur) : pour l'occasion, le challenger s'était donné un surnom qui collait avec son défi. Cruz ne s'accordait pas la traditionnelle reprise d'observation et l'œil droit de Cyril Thomas était déjà marqué : « N'insiste pas. Deux ou trois coups et tu t'en vas… », hurlait le tout nouveau champion de France des plume, Guillaume Frénois.
Le piège était tendu. Avec sa boxe puissante, pleine de ficelles et brouillonne, Cruz ne se détournait pas de ses responsabilités. Une attitude qui empêchait son challenger de poser sa boxe et d'user de son arme n° 1 : le bras avant. Mais au moins ce dernier ne se dégonflait pas et tenait le choc…
Le sens tactique de Cyril Thomas était mis à l'épreuve. Et si Cruz le Maya était à la hauteur de son sceptre, l'histoire de ce championnat historique pour l'Aisne n'était pas encore écrite.
La 4e reprise marquait un palier dans la maîtrise d'un tenant dont les coups larges, tête en avant, partaient de plus en plus loin. Problème : le Saint-Quentinois avait un retard à refaire et l'équilibre installé n'était pas suffisant pour renverser la tendance.
Signe qu'il n'était pas au mieux, Cruz se plaignait un peu trop démonstrativement de coups derrière la tête. Au premier rang, son promoteur américain d'origine sicilienne s'excitait tout seul…
Renvoyé au combat sur de bonnes paroles (« Trou du c… »), le Mexicain imposait une terrible épreuve de force (7e reprise) que Cyril Thomas avait le tort d'accepter : « Il ne sait pas reculer… », hurlait Guillaume Frénois.
En se servant de ses jambes, le challenger s'en tirait beaucoup mieux. Mais les coups « marquaient » et l'arbitre Roberto Ramirez réclamait l'intervention du Dr Braconnier pour examiner le visage ensanglanté du Saint-Quentinois…
Si la confusion gagnait ce combat d'Aztèque saignant, Cyril Thomas - courageux au possible - n'abdiquait pas.
« Il a des c… ce garçon ». Le commentaire d'un ancien champion du monde, Daniel Londais, revenait aux oreilles.
Hier soir, battu aux points (112-116, 113-115, 113-115), Cyril Thomas n'est peut-être pas devenu champion du monde mais il a démontré qu'il était plus que digne d'une telle chance !
Jean-Pierre Prault
SOURCE /
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