A une semaine du duel entre le géant russe Valuev et le quadruple champion du monde Holyfield à Zurich, les Vaudois Mauro Martelli et Jérôme Canabate dressent l’état de santé de la boxe suisse. Qui manque, selon eux, surtout de fers de lance.
Qu’il est loin, le temps où l’on se délectait d’un réveil en pleine nuit, pour se préparer un plateau télé. Et de recevoir alors de plein fouet les uppercuts de Muhammad Ali, Frazier, Foreman, Tyson ou Holyfield, qui y a d’ailleurs laissé un bout d’oreille. Ce dernier refait d’ailleurs parler de lui, à l’occasion du show que constituera son combat face au Russe Nikolay Valuev et ses 2m13, samedi prochain à Zurich.
«C’est le combat d’un promoteur suisse, mais il est soutenu par la fédération autrichienne. Nos instances nationales l’estiment risqué pour Holyfield, âgé de 46 ans», explique Mauro Martelli, persuadé qu’il ne manque qu’une étincelle pour que la boxe suisse retrouve de l’éclat.
«Les combats de mastodontes demeurent, mais ils ne sont plus relayés chez nous», explique Mauro Martelli, sacré cinq fois champion d’Europe dans les années 80. «Il faut des passionnés, comme l’était Bertrand Duboux, pour porter la boxe à bout de bras. Pas que dans les médias, mais aussi auprès des promoteurs, des instances sportives et des communes. J’ai moi-même monté des meetings et prévois de récidiver en 2009, à Villeneuve, où j’enfile encore les gants et entraîne des jeunes.»
Pour Mauro Martelli, la boxe a donc toujours autant d’attrait. «Elle intéresse. Du quidam qui veut se défouler, aux affairistes qui désirent décompresser.» Que manque-t-il, dès lors, pour que la flamme renaisse ? «Des locomotives, comme nous en avions avec Chervet, Meuret, Scacchia ou moi-même ! Tout se passe ici par vagues. Mais pour faire un vrai champion, il faut durer, tenir le rythme des combats, être soutenu, avoir un bon manager et un certain charisme. Ma folle embardée est due au fait que tous ces éléments étaient réunis.»
«Un jeu d’échecs»
Aux yeux de Mauro Martelli, la philosophie différente véhiculée par les arts martiaux ne cause pas de tort au noble art. «Car la boxe reste un sport de réflexion, un jeu d’échecs où j’ai pu démontrer que l’esprit triomphe du muscle.»
Président du National Sporting Club à Lausanne, JérômeCanabate nuance ce propos. «De plus en plus de gens s’intéressent à la boxe éducative, veulent juste taper dans le sac. Plus rares sont ceux qui acceptent de monter sur le ring. D’autres disciplines, comme le taekwondo, s’approprient une part du gâteau. Dans notre club, nous comptons 60 boxeurs qui s’amusent, pour seulement 10 licenciés. Des adeptes de full-contact ou kick-boxing? Il y en a 300…» Quand Perroud organisait Martelli-Breland pour 1 million
Aussi loin que Daniel Perroud s’en souvienne, la boxe lui colle au corps et au cœur. «Petit, j’avais demandé un peignoir au Père Noël.
Tête enfouie dans le capuchon, mains serrées dans des bandages, je simulais des frappes dans le vide.» Le Nyonnais possède ses classiques sur le bout des lèvres. Si vous lui dites Chervet-Chionoi, la réponse fuse. «27 avril 1974! Je n’ai aucun mérite. Ce soir-là, j’ai rencontré Chantal qui est devenue ma femme.»
Ancien amateur – il est monté quatre fois sur le ring – et manager, organisateur d’une vingtaine de réunions (boxe et full-contact confondus), Perroud évoque le noble art dans notre pays en connaissance de cause. «La conjoncture n’est plus la même. Entre 1983 et 1989, il y avait davantage de sponsors, de mécènes, de public, d’impact médiatique, de crédibilité – les fédérations n’avaient pas encore proliféré – et d’enthousiasme autour de ce sport. Et puis…» Et puis il y avait des boxeurs. «Avec cinq championnats d’Europe et deux Mondiaux à son actif, Martelli est sans doute le plus grand champion Suisse de l’histoire.» Le meeting le mettant aux prises avec Breland avait coûté 980 000 francs. «Scacchia avait tout pour lui. Beau mec, il parlait quatre langues et… descendait ses adversaires. J’aurais dû lui laisser la bride sur le cou comme Stéphane Oberer l’a fait avec Marc Rosset. En une conférence de presse et un surnom de Rocky, j’avais créé le mythe. Sans même penser au film et à Sylvester Stallone. Aujourd’hui, seuls les jumeaux lausannois David et Stéphane Roethlisberger (21 ans) possèdent un profil intéressant. On pourrait les faire passer pro et créer l’événement autour d’eux.»
Le 2 mars 2007, Perroud avait remis ça. Au programme de la soirée figurait une demi-finale de boxe thaïe. La salle communale de Nyon avait affiché complet (600 spectateurs). Au printemps prochain, Perroud voudrait récidiver. «La réunion devrait se dérouler à la salle du Rocher. Boxe et kick-boxing se partageront la vedette.» Le budget avoisinerait 60 000 francs. Même si comparaison n’est pas raison, on est très loin du million déboursé pour Martelli.
PATRICK TESTUZ
SOURCE / http://www.24heures.ch
