A Pattaya, les aventuriers de la boxe thaïe

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le boxeur51

PATTAYA (THAÏLANDE) ENVOYÉ SPÉCIAL

Leur "paradis" a pris l'apparence d'un vieil entrepôt gris sans cloison. Leur "bonheur" a le goût de la sueur, le parfum acide du Baume du tigre, crème qui apaise les douleurs musculaires. Leur jardin ? Deux rings fatigués et creusés par le poids passé de centaines de boxeurs. Prosternés tels d'anciens apôtres, une douzaine de sacs de frappe éventrés ou rafistolés encerclent cette salle d'entraînement.
A Sityodtong, camp de muay thaï (boxe thaïe en français) mondialement réputé situé à Pattaya, station balnéaire de la Thaïlande, les combattants n'ont qu'une seule motivation : souffrir. Avec les extrémités du corps (les pieds, les coudes, les poings), ils malmènent les paos (manchons de frappe), qui claquent comme des tonnerres dans un ciel orageux.
Ce jour-là, à Sityodtong, sur la vingtaine de boxeurs, peu de couleur locale : ils sont surtout français, albanais, espagnols, anglais, russes... Des filles aussi portent les gants. "Ici, c'est authentique, raconte Issam, un jeune Belge d'une vingtaine d'années. On s'entraîne à l'ancienne, à la dure."
A gauche de la salle, sur le sol, des roues de tracteur sur lesquelles l'athlète s'échauffe en sautillant. A côté, une planche en bois pour façonner ses abdos. Plus loin, un pilier en béton. Un Italien, tatoué des tibias à la tête, le matraque avec ses poings bandés et la plante des pieds pour les... fortifier.
Pas besoin de rendez-vous, encore moins de parler thaï. Matin ou après-midi, pour 250 bahts (5 euros), entraînement libre ou avec un coach qui baragouine deux mots d'anglais : il crie pour encourager, il montre le geste à effectuer. Peu importe le niveau et l'âge (25 ans en moyenne) : des boxeurs monstrueusement musclés à la technique redoutable côtoient d'autres plus grassouillets.

"TROP DE FOLKLORE !"

"Je viens ici pour me perfectionner", assure "Tak", un boxeur qui refuse de donner son vrai nom. Pour cet Estonien de 23 ans, c'est le deuxième voyage à Pattaya. Cette fois-ci, il va y rester deux mois. Progresser est sa préoccupation, mais pas seulement. Il n'a qu'une règle, celle des trois "S" : "Sea, sex and sport", rigole-t-il, entre deux gorgées d'eau au sirop de fraise.
La mer, les filles, la boxe... Pattaya est une station balnéaire aussi connue pour ses camps de muay thaï que pour la prostitution. "Et sur place, la vie n'est pas chère", ajoute Tak. Sans emploi, il a pu, avec ses deux amis, payer le voyage en faisant un peu de "business". Il ne s'étale pas sur le sujet : "Rien d'illégal", assure-t-il. Son rêve : "Je veux faire des combats chez moi ou ici." Comme ce jeune homme, beaucoup espèrent faire carrière dans leur pays ou briller lors de combats organisés un peu partout en Thaïlande ou en Europe, lors de galas internationaux comme celui qui devait avoir lieu samedi 20 décembre à la Halle Carpentier, à Paris.
"Tous les jeunes des cités d'Europe se retrouvent dans des camps comme celui de Sityodtong, assure Dida Diafat, onze fois champion du monde de cette discipline, qui a bien connu ce club. Il y en a qui sont aussi durs que la vie dans une cité : ce sont de vrais ghettos." Mais il regrette que ce camp, comme d'autres d'ailleurs, ait perdu son âme : "A mon époque, jamais tu aurais pu faire de la boxe, aller à la plage, dormir dans un hôtel ou sortir avec les filles : tu restais enfermé pendant six mois. Là, il y a trop de touristes."
C'est que croit également Patrice Nebout, conseiller technique à la Fédération française de muay thaï, qui compte quelque 12 000 licenciés. "Il y a trop de folklore ! Les camps prennent aujourd'hui n'importe qui, juste pour l'argent, raconte-t-il. C'est devenu un gros gag !"
Allan, un Estonien de 19 ans, est déjà épuisé après une heure de "travail". Son entraîneur du jour, Pek, la quarantaine, le charrie et lui demande de revenir. "Attends, je récupère", lui lance-t-il, accablé également par la chaleur, plus de 30 °C. A côté de lui, depuis une heure aussi, un petit garçon d'à peine 5 ans tapote sans relâche sur un énorme sac de frappe sans se plaindre. Mustapha Kessous

SOURCE / http://www.lemonde.fr
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