Le constat paraît d'une cruelle évidence : les galas se font de plus en plus rares dans le département, comme partout en France. Le noble art est malade. Les hommes qui se battent pour sa survie livrent leur diagnostic.
Où va la boxe ? N'est-elle pas en perdition ou, en tout cas, sur une pente irrémédiablement déclinante ?
Pour qui veut prendre le pouls de son activité à l'échelle de critères objectifs, le diagnostic semble sans appel, conforté par l'avis autorisé des hommes du milieu, entraîneurs, dirigeants. Depuis des années maintenant, le même constat s'impose à beaucoup : les organisations se font de plus en plus rares.
Combien de galas - avec à leur programme des combats amateurs et professionnels, c'est-à-dire les plus coûteux - ont été mis sur pied depuis le début de la saison dans le Loiret ? Une poignée, même pas.
Un à Gien, un autre à Fleury, le dernier en date est celui d'Orléans, vendredi dernier, à La Source. L'activité pugilistique n'est plus ce qu'elle était, il faut être aveugle pour ne pas le voir. « C'est de plus en plus dur de monter un plateau », ne cache pas Michel Chagnoux, l'entraîneur du Ring Giennois, qui fut aussi longtemps le président du comité départemental.
« On est trop taxé »
« Si j'arrive à organiser deux fois par saison, c'est parce que j'ai avec moi des partenaires fidèles, avec qui j'ai établi une relation de confiance. Ce sont pour la plupart des commerçants, qui me donnent entre 10 et 100 euros. Les grosses boîtes, elles, ne sont pas intéressées. Il y a, c'est clair, de moins en moins de réunions amateurs, et davantage de galas de précombat et de boxe éducative, parce que ceux-ci ne coûtent rien... »
Grande gueule de la boxe départementale et personnage attachant, Farid Gallouze a depuis longtemps tranché. Dans le vif. L'association dont il est l'entraîneur, le Club de Boxe Ormois, il a depuis des années choisi de ne plus l'affilier à la Fédération française, trop gourmande financièrement à ses yeux.
« Les droits d'affiliation, 1.000 euros, c'est la moitié de ma subvention municipale, explique celui qui fut l'adversaire malheureux de Barry McGuigan, titre européen en jeu, en 1985. J'ai pris cette décision pour que mon club vive mieux, d'autant que la grande majorité des gens qui viennent chez moi font du loisir, du fitness, ou de l'aéroboxe, des disciplines auxquelles je me suis formé pour pouvoir répondre à cette demande. Maintenant, pourquoi les clubs n'organisent plus ? Parce qu'ils n'en ont pas les moyens, et qu'ils sont trop taxés. Parce qu'il y a aussi de moins en moins de boxeurs : ils ne sortent plus que grâce aux championnats départementaux, et régionaux... »
Pas faux, et tous les entraîneurs le confirment, les amateurs, même expérimentés, boxent moins. « J'ai moins de propositions pour mes gars que l'année dernière », convient ainsi Michel Chagnoux.
Une note salée
Organisateur de la soirée de La Source, Luc Jahier est le seul, malheureusement, à secouer l'activité d'organisations d'envergure dans le département, à l'image des deux championnats du monde junior qu'il a montés à Châteauneuf-sur-Loire ces dernières années.
« À l'époque où mon père, Lionel, organisait pour le Ring Castelneuvien, il prenait des gars de chez lui, d'autres de Fleury, Montargis, d'autres de Meung-sur-Loire, et la réunion était bouclée... Moi, pour le gala de vendredi, je suis allé chercher des boxeurs à Sedan, en Bretagne, à Paris : les indemnités kilométriques alourdissent la note », au point de la rendre trop salée. Sans parler des droits d'organisation qu'il faut verser à la FFB : Luc Jahier a dû leur consacrer 10 à 15% de son budget, en comptant aussi ce qui revient aux officiels, arbitres, délégués, médecins.
« Si je m'en sors, c'est grâce aux connaissances que j'entretiens dans mon boulot. Les partenaires que j'ai dans mes affaires m'aident aussi pour la boxe. Vendredi dernier, ils ont amené la moitié de mon budget... » Mais tout le monde n'a pas le carnet d'adresses de Luc Jahier, chef d'entreprise castelneuvien, qui promet d'autres beaux événements dans les mois à venir...
Laurent Binelli
SOURCE / http://www.larep.com

