Asloum: "Je veux devenir un virtuose"
Pour la première fois de votre carrière pro, vous boxez sans télévision. Votre dernier combat a pourtant été celui de la consécration mondiale. Le paradoxe vous fait mal?
C'est plus tôt que j'ai eu mal au cul, lors du couac avec Canal+. Aujourd'hui, j'ai d'abord envie de m'exprimer sur le ring. Aux JO de Pékin, j'ai beaucoup discuté avec Daniel Bilalian (Directeur des sports de France Télévisions). Il était très intéressé mais ce n'était pas le bon timing. Il faut dire aussi que je suis encore très étiqueté Canal.
Quelle leçon avez-vous tirée de cette rupture?
Je retiens un grand manque de considération. Après huit ans de sueur et de larmes, on m'a coupé les ailes. C'est comme si on disait à Cristiano Ronaldo "OK, tu viens d'obtenir le Ballon d'Or, mais maintenant tu t'assois sur le banc de touche." Avant même l'annulation du combat, j'avais écrit une lettre à Rodolphe Belmer (DG de Canal +) pour lui faire part de ma tristesse et de ma colère devant la tournure des négociations. Il ne m'a même pas répondu. Même le président de la République l'aurait fait, au moins par politesse. Cette histoire, je ne la comprends pas. Et pourtant j'y ai réfléchi. ça m'a tellement écoeuré que j'ai failli arrêter ma carrière à cause de ça.
Peut-être la chaîne a-t-elle estimé qu'elle avait été trop généreuse avec vous durant toutes ces années...
Ce n'est pas Asloum qui est trop payé, ce sont les autres boxeurs qui ne le sont pas assez. Et c'est oublier que je générais de grosses audiences. Quand j'ai rencontré Parra, j'ai quand même allumé 2,5 millions de décodeurs. Même si j'ai pris une tannée ce soir-là.
L'idée de cette première en pay per view sur Internet, elle est de vous?
Oui. A l'origine, je voulais même que le combat soit accessible gratuitement. Mais on m'a expliqué que cela risquait de me coûter pas mal argent. Il faut savoir que je ne suis pas payé pour ce combat. Parce que je recherchais avant tout à remonter sur un ring et me donner les moyens de défendre ma ceinture avant qu'on ne me l'enlève (Asloum doit avant tout aux bonnes relations de Michel Acariès avec la WBA de ne pas avoir été destitué, faute d'activité).
Se prendre en main de la sorte, est-ce aussi une forme de réponse à ceux qui voient en vous un boxeur assisté?
Non, simplement parce que je n'ai jamais pensé que j'étais un boxeur assisté. Les gens ne voient pas forcément ce que j'ai fait, ce que j'ai entrepris. Ces critiques-là ne m'ont jamais touché, à la différence des sifflets.
Aujourd'hui, qu'est-ce qui vous anime?
Je vais tout faire pour unifier les ceintures et être champion du monde dans trois ou quatre catégories différentes. Ces quinze mois sans combattre m'ont aussi donné envie de toucher au plus près la philosophie de la boxe. Tous ces mecs qui ont envie de m'arracher la tête, ces Vénézuéliens, ces Panaméens, ce sont des démons. Eh bien, ce qui m'excite, c'est de les faire marron en étant dur mais surtout stratège. Je veux tout comprendre de cet art. Dompter. Devenir un maître à boxer, un virtuose.
La boxe en France se cherche des têtes d'affiche. Peut-on croire à la nouvelle génération olympique, dont vous semblez proche?
A Pékin, les cinq boxeurs français engagés sont venus me voir. Ils m'ont demandé de gérer leur carrière et leur passage programmé en pro. Je leur ai répondu que je n'étais pas promoteur mais que j'allais étudier la question. Je les ai tous revus à Paris fin octobre. Il s'agissait de créer une "French Team", une vraie structure, un bus avec logo. Et les gars auraient notamment boxé dans mes réunions. J'ai donc monté un dossier et appelé Bernard Laporte. Le budget était compris entre 500 000 et 600 000 euros. En contactant mes amis, j'ai rassemblé un bon tiers de cette somme. Mais je manquais de temps. Les boxeurs devaient se déterminer, je ne voulais pas jouer avec eux, j'ai donc dû abandonner le projet en fin d'année. Mais ça aurait été super.
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